Un peu des deux sans doute ...En 1851, Haydn, Mozart, Beethoven sont loin ! c’est du passé. Mendelssohn et Chopin sont déjà morts, Schumann n’a plus que quelques années devant lui, Liszt est en pleine gloire, Brahms a 18 ans, Wagner a déjà donné Tannhauser et Lohengrin et s’il dérape momentanément dans l’antisémitisme il n’est pas loin d’avoir composé son ring des nibelungen ... la musique n’est vraiment plus du tout la même qu’il y a 50 ans.
J'aime la description qu'en donne N. Harnoncourt pour l'orchestre :

“ ... se développèrent le sostenuto, la grande ligne, le legato moderne. Evidemment la grande ligne mélodique existait déjà auparavant, mais elle était toujours audible, constituée d’un assemblage de petites cellules... Il est intéressant de noter que l’un des premiers partisans de cette nouvelle manière de faire de la musique fut Richard Wagner. Il dirigea l’orchestre du conservatoire [ de Paris ] et fut enthousiasmé de voir comme les tirés et les poussés des violons se fondaient les uns dans les autres sans coutures, comme leurs mélodies étaient amples ... Il répéta ensuite constamment qu’il n’avait jamais obtenu pareil legato avec les orchestres allemands. A mon sens cette méthode est parfaite pour la Musique de Wagner, mais elle est absolument fatale à la musique d’avant.” ( N. Harnoncourt “ le discours musical “, Gallimard 1993, p. 30 )

Ce problème se présente bien sûr aussi au piano :les qualités du piano viennois étaient toutes de raffinement, de légèreté, de précision, de rapidité et s’exprimaient à merveille dans les phrases “ constituées d’un assemblage de petites cellules “ de la fin du XVIII° siècle. Elles se perdent complètement lorsqu’il s’agit au contraire d’exprimer de grandes fresques au moyen d’un legato presque absolu; dès 1830 la musique s’éloigne du piano viennois et ce qui faisait son attrait va précipiter sa chute.
Le progrès technologique a permis à la mécanique anglaise de se perfectionner, de développer des qualités dont les compositeurs romantiques avaient besoin et que le piano allemand ne pouvait leur apporter. Ce dernier avait déjà atteint sa "perfection" en ce sens qu'il convenait parfaitement aux goûts des grands génies viennois. On voit mal comment il aurait pu encore s'améliorer sinon dans le détail. La technologie du XIX° siècle ne lui apporte rien. Au même titre que le clavecin, il est évincé et ne sera redécouvert que grâce aux pionniers de la "musique ancienne "

" il ne faudrait pas supposer que notre piano actuel permet des nuances plus subtiles : les pianos de Stein ou de Walter.. clairs et très brillants dans leur registre aigu, se prêtent à un jeu cantabile et coloré; leurs basses étaient pleines et rondes, sans rien de la morne et pesante sonorité des basses d’un piano moderne ... les basses constituaient le plus beau registre. Les cordes étaient si minces que des accords très contractés pouvaient être joués dans le grave, alors que sur un piano moderne de tels accords sonnent épais et vulgaires, si lourds que l’on distingue à peine les notes " P. Badura-Skoda, ( l'art de jouer Mozart au piano, Buchet-Chastel 1974-1980 p.29 )

suite / retour / retour au menu