Mozart par exemple en 1777 ...

" je puis faire des touches ce que je veux ... le son n’est ni trop fort ni trop faible ... la dernière sonate en ré [ K.284 ] ressort d’une façon incomparable sur le piano de Stein ."

... semble plutôt satisfait ( J'aime d'ailleurs souligner qu'il ne trouve pas le son trop faible ) Mais si nous écoutons un de ses élèves, J.N. Hummel, qui deviendra l'un des plus grands virtuoses du début du XIX° siècle la situation prend une dimension encore un peu plus complexe :

[le mécanisme ] allemand peut être joué avec facilité par les mains les plus délicates, il se prête à toutes les nuances, il ne fatigue pas dans la vitesse, il parle nettement et avec promptitude, le son en est rond et flûté et se distingue très bien de l’orchestre, surtout dans de grandes salles...... quant aux instruments anglais, il est juste de dire qu’ils ont de la solidité et un grand volume, mais ils ne sont pas aussi favorables pour la volubilité que les pianos allemands, puisque le toucher en est plus lourd et que les touches enfoncent davantage ... malgré leur effet dans les appartements, ils percent moins bien que les nôtres lorsqu’on les entend dans de grandes salles ... je crois que c’est l’épaisseur et la lourdeur de leur son qui en sont la cause."
( J.N.Hummel 1829 méthode complète théorique et pratique pour le pianoforte, edition de Paris, 1838 )

Nous voilà donc non plus avec un modèle de pianoforte mais au moins deux : le premier, de mécanique "allemande" ou "viennoise", le second de mécanique "anglaise" ou "française".Pour nous y retrouver et savoir de quoi Hummel nous parle, il nous faut examiner plus en détail l'histoire du pianoforte.

Cette histoire est loin d'être linéaire, il ne s'agit manifestement pas d'une route droite et glorieuse menant d'hypothétiques balbutiements maladroits au XVIII° à l'achèvement sublîme du piano actuel. On est bien forcé de constater que la mécanique anglaise, précurseur de notre mécanique "moderne" ne recueille pas les suffrages des grands compositeurs viennois. A l'opposé, les premiers romantiques, nés dans les années 1810, abandonneront tous les pianos de mécanique allemande. A tel point qu'en 1851, à la grande exposition de Londres ( Great Exhibition of the works of Industry of all Nations ) les facteurs viennois ne sont plus que 6 et ne récoltent aucune médaille. A titre de comparaison 38 firmes anglaises et 21 françaises présentent 111 instruments et raflent 21 mentions. Les américains sont déjà présents avec 6 facteurs et 4 récompenses ( mais font moins bien que les belges : 6 facteurs et 5 récompenses ). Est-ce à dire que le progrès a enfin démontré la supéritorité de notre future mécanique moderne et éliminé la facture viennoise par une sorte de sélection " naturelle " ? Où doit-on plutôt rechercher les causes de ce déclin dans un changement des besoins musicaux ?

suite / retour / retour au menu