Mais ces raisons ne sont en elles-mêmes pas suffisantes : si nous voulons rendre à ces oeuvres uniques toute leur jeunesse, il faut encore en développer une vision totalement contemporaine. A moins de se résoudre à enfermer la musique " classique " dans des vitrines de musée, à moins de se résoudre aussi à voir les jeunes générations s'en éloigner avec un respect mêlé d'ennui, il faut lui rendre son éternelle vigueur en la traduisant dans un langage actuel....et de nouveau nous en revenons au pianoforte !

Car qu'il s'agisse d'une copie ou d'une restauration, réalisée par un facteur contemporain, on comprend bien toute la distance qu'il peut y avoir entre un tel instrument et ceux qu'utilisaient vraiment les grands compositeurs viennois. Il ne suffit pas d'un plan et de quelques planches de bois pour construire un pianoforte viennois. L'art du facteur est essentiel ! Stein, Walter, Streicher et tous les artisans d'il y a plus de deux siècles sont morts, leurs pianos sont usés, personne ne peut encore nous transmettre ces connaissances délicates et secrètes qui font la différence entre un bon pianoforte et un clavier sans intérêt.
Ici non plus, les traités théoriques ne nous disent pas tout. Chaque facteur doit de lui-même faire des choix, être inventif, être libre et créatif. Aucune copie ne sera jamais " authentique ". Il s'agira toujours d'une création contemporaine.

Et c'est là tout son intérêt : ce que nous appelons le piano " moderne " a connu ses dernières améliorations dans les années 1870. L'industrialisation qui, à l'aube du vingtième siècle, a permis à certaines marques de s'imposer sur le marché mondial en a fait un produit stable et reproductif. Entre deux pianos de prestige, il y a bien moins de différences qu'entre deux pianofortes de l'époque de Mozart... mais surtout ces magnifiques instruments n'ont rien de "moderne", ce sont des antiquités ! Ils portent l'empreinte de l'époque de leur naissance : la fin du XIX° siècle.
Bien loin de nous rapprocher de Mozart ou Beethoven, ils nous en éloignent ! En leur superposant une sonorité que ces grands génies ne connaissaient pas, n'auraient jamais pu imaginer ils établissent un écran sonore, ils perturbent notre sensibilité.

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