Prendre la parole n'est pas toujours facile ! C'est sans doute pourquoi, beaucoup, artistes comme mélomanes préfèrent les curriculum un peu impersonnels rédigés à la troisième personne. En assumant le "je" on prend le risque de la prétention, on prend le risque de l'anecdote.

J'ai pourtant le sentiment qu'il devrait y avoir plus dans les informations que le musicien échange avec son public qu'une énumération de dates et de diplômes. Bien sûr, je ne me suis pas formé tout seul et je dois énormément aux musiciens qui m'ont permis d'accéder à ce métier, qui m'ont permis en fait de vivre pleinement mon amour pour la musique. Mais diplômes, professeurs et distinctions un jour font partie du passé, et ne peuvent répondre éternellement de ce que je suis devenu. ( je tiens néanmoins à les remercier du fond du coeur )
Si je leur dois un apprentissage approfondi, ils ne sont évidemment en aucun cas responsables de l'usage que j'en fais ni de ma propre subjectivité ... et dieu sait qu'elle revendique sa place avec ardeur !

En musique " classique " on confond souvent l'étude d'une technique instrumentale et l'éducation artistique. Dans la plupart des conservatoires ces deux aspects sont encore intimement liés, le maître transmettant à son disciple en même temps qu'une habileté manuelle, une part de sa propre vision artistique. Au vu de la complexité de la tradition musicale occidentale cette attitude peut se défendre. Néanmoins elle n'est pas sans danger : elle peut générer la création de stéréotypes, de moules dans lesquels l'élève doit absolument se fondre pour mériter l'approbation de ses professeurs. Ce que le maître tient pour beau devenant " bon ", le contraire devenant " incorrect " voire pire encore " mauvais ".
Le marché du disque ou du concert suit un peu la même démarche. D'innombrables classements et labels ont pour ambition de guider l'auditeur sur la voie confortable de la qualité reconnue.
Tout ceci est peut-être nécessaire, mais la confusion demeure : la technique est une chose, le goût en est une autre, et jusqu'à preuve du contraire il n'existe aucun dieu suprême qui fasse référence en la matière.

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la musique pourrait exister quand bien même le monde n'existerait pas (Schopenhauer)